Les Filarioses

L'onchocercose est présente dans les dix régions du Cameroun avec une population à risque estimée à 9 000 000 personnes, 5 000 000 de personnes infectées et 30 000 personnes aveugles du fait de cette parasitose.

La lutte contre l'onchocercose est aujourd'hui basée sur le traitement par l'ivermectine sous directives communautaires (TIDC), un concept du programme africain de lutte contre l'onchocercose (APOC).

Depuis plus de deux décennies, le laboratoire d'épidémiologie de santé publique a contribué à l'étude de la répartition géographique, des protocoles de traitement ainsi que la transmission des filarioses au Cameroun.

Dans les régions où co-existent l'onchocercose et la loase, des cas d'encéphalopathies ont été décrits après le traitement par l'ivermectine. Notre laboratoire à contribuer à faire une description de la présentation clinique de ces encéphalopathies, à étudier leur incidence et leurs facteurs de risque.

Source Programme National de lutte contre l'Onchocercose du Cameroun (PNLO)

Epidémiologie de l'onchocercose et de la loase au Cameroun

La mise en place des programmes de lutte dépend des niveaux d'endémie. Dans les zones méso et hyperendémiques pour l'onchocercose, la lutte se fait par une distribution à large échelle de l'ivermectine par des distributeurs communautaires formés. Dans les zones où co-existent l'onchocercose et la loase, une importante logistique est mise en place pour la surveillance et la prise en charge des effets secondaires. Avant la mise en oeuvre des programmes de lutte au Cameroun, notre laboratoire a été sollicité pour l'étude de la répartition géographique de ces parasitoses dans les régions du Centre, de l'Ouest, du Littoral, du Nord, du Sud-Ouest et l'Adamaoua. Nous avons ainsi décrit les foyers d'onchocercose et de loase dans ces provinces, ce qui a orienté la mise en place des programmes de lutte.

1. Kamgno J , Bouchite B, Baldet T, Folefack G, Godin C, and Boussinesq M. Study of the distribution of human filariasis in West Province of Cameroon. Bull Soc Pathol Exot , Jan 1997; 90(5): 327-30.

2. Kamgno J., Gardon J., Enyong P. & Bouchité B. L'onchocercose dans la région de Mamfé-Kumba, province du Sud-ouest Cameroun : enquête REMO réalisée au mois d'août 1998 . Bulletin de liaison et de documentation de l'OCEAC , 1998, 31, 33-38.

3. Kamgno J. & Boussinesq M. Hyperendémicité de la loase dans la plaine Tikar, région de savane arbustive du Cameroun . Bull Soc Pathol Exot , Nov 2001; 94(4): 342-6 .

Essai macrofilaricide de l'ivermectine pour le traitement de l'onchocercose.

La lutte contre l'onchocercose est aujourd'hui basée sur un traitement annuel par l'ivermectine à la dose de 150 µg/kg. A cette posologie, l'ivermectine est microfilaricide mais n'a pas d'effet sur la longévité des filaires adultes. Pour arriver à éliminer l'onchocercose comme problème de santé publique, il faut pour une communauté au moins 25 ans de traitement avec un taux de couverture minimum de 65%. Un essai a été conduit au sein de notre laboratoire de 1994 à 1998 pour comparer l'effet du traitement trimestriel par l'ivermectine au traitement annuel 1 .

650 personnes porteuses d'au mois deux nodules onchocerquiens étaient réparties de façon aléatoire en 4 groupes. Le premier groupe était traité par l'ivermectine à la dose de 150 µg/kg une fois par an, le deuxième à la dose de 400 puis 800 µg/an le troisième 150 µg/kg tous les trois mois et le dernier groupe 400 puis 800 µg/kg tous les trois mois.

Après trois ans de traitement, dans les groupes traités tous les trois mois, nous avons observés une mortalité plus importante de femelles d 'O. volvulus . La proportion de femelles fertiles était fortement réduite dans les groupes traités tous les trois mois comparé aux groupes qui prenaient l'ivermectine une fois par an.

Le traitement trimestriel a donc un impact important sur la production des microfilaires. Ceci a comme intérêt la réduction des lésions dermatologiques liées à l'onchocercose et une réduction de la transmission de cette parasitose.

1. Gardon J, Boussinesq M, Kamgno J, Gardon-Wendel N, Demanga-Ngangue, and Duke BO. Effects of standard and high doses of ivermectin on adult worms of Onchocerca volvulus : a randomised controlled trial. Lancet , Jul 2002; 360(9328): 203-10.

Encéphalopathie à Loa loa après traitement par l'ivermectine.

Depuis la mise en place des programmes de lutte contre l'onchocercose dans les zones de forêt, des cas d'encéphalopathies à L. loa ont été décrits. Une étude dans notre laboratoire a contribué à l'étude de l'incidence de ces accidents post-thérapeutiques, les facteurs de risque ainsi que la présentation clinique. Ces effets secondaires rares surviennent après le traitement par l'ivermectine, chez des personnes ayant de fortes charges de loase (>30 000 microfilaires/ml). L'hypothèse actuelle de la physiopathologie est la destruction massive des microfilaires de loase par l'ivermectine à la dose usuelle (150µg/kg). Les signes cliniques commencent le plus souvent dans les trois jours voire la semaine qui suit le traitement par l'ivermectine. Les hommes sont plus à risque que les femmes.

Pour essayer de prévenir ces encéphalopathies par une baisse de la microfilarémie en dessous des charges à risque avant l'administration de l'ivermectine, trois essais cliniques ont été conduits dans notre laboratoire.

Nous avons étudié l'effet d'une faible dose de 3 mg d'ivermectine 3 . Deux groupes de patients ayant des charges parasitaires de 100 à 8 000 µ/ml étaient traités l'un à la dose de 150 µg/kg et l'autre à 3 mg soit en moyenne 50µg/kg. L'objectif de cet essai était d'évaluer si la faible dose d'ivermectine permettait d'abaisser la microfilarémie de façon plus progressive que la dose standard. Le suivi parasitologique était fait quotidiennement pendant la semaine qui suivait le traitement puis 15 et 30 jours après. La décroissance de la microfilarémie à L. loa était similaire dans les deux groupes. La dose de 3 mg d'ivermectine ne permet donc pas de prévenir les encéphalopathies.

Deux essais à l'albendazole ont ensuite été réalisés, un premier avec une dose unique de 600 mg d'albendazole 4 et un second avec une posologie de 800 mg par jour pendant trois jours 5 . Le suivi parasitologique était fait pendant 9 mois après le traitement. A ces deux posologies, nous n'avons pas pu observé de baisse significative de la microfilarémie à Loa loa .

A la suite de ces travaux menés par les chercheurs de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et du Centre Pasteur du Cameroun, un programme financé par Mectizan Donation Program a été mis en place au sein de notre laboratoire. Ce programme a trois principaux objectifs :

• La surveillance des effets secondaires graves après traitements par l'ivermectine au Cameroun et la collecte des données cliniques et biologiques relatives à ces cas.

• L'appui technique pour la prise en charge des ces effets secondaires survenant après le traitement par l'ivermectine.

• La réalisation des essais cliniques et communautaires pour la prévention des encéphalopathies à Loa loa .

1. Gardon J, Gardon-Wendel N, Demanga-Ngangue, Kamgno J, Chippaux JP, and Boussinesq M. Serious reactions after mass treatment of onchocerciasis with ivermectin in an area endemic for Loa loa infection. Lancet , Jul 1997; 350(9070): 18-22.

2. Boussinesq M, Gardon J, Gardon-Wendel N, Kamgno J , Ngoumou P, and Chippaux JP. Three probable cases of Loa loa encephalopathy following ivermectin treatment for onchocerciasis. Am J Trop Med Hyg , Apr 1998; 58: 461 - 469.

3. Kamgno J., Gardon J., & Boussinesq M. Essai de prévention des encéphalopathies à Loa loa post-ivermectine par l'administration d'une faible dose initiale . Médecine Tropicale, 2000, 60, 275-277.

4. Kamgno J and Boussinesq M Effect of a single dose (600 mg) of albendazole on Loa loa microfilaraemia. Parasite , Mar 2002; 9(1): 59-63.

5. Tsague-Dongmo L, Kamgno J, Pion SD, Moyou-Somo R, and Boussinesq M. Effects of a 3-day regimen of albendazole (800 mg daily) on Loa loa microfilaraemia. Ann Trop Med Parasitol , Oct 2002; 96(7): 707-15.

Transmission de l'onchocercose humaine en zone de forêt camerounaise

La transmission de la filariose à Onchocerca volvulus est essentiellement assurée en zone de forêt camerounaise par Simulium squamosum . D'après Traoré-Lamizana et al . (2001), cette espèce de simulie existe sous trois formes ou cytotypes (A, B et C). Avec le lancement en 1995 du Programme Africain de lutte Contre l'Onchocercose ( APOC ), il est apparu nécessaire de déterminer les rôles respectifs joués par ces différents cytotypes et les adaptations vecteur-parasite dans l'épidémiologie de l'onchocercose dans cette partie du pays.

Ainsi, des enquêtes entomologiques ont été menées simultanément dans les vallées du Mungo (village Bolo près de Kumba) et de la Sanaga (Canton Babimbi) où les vecteurs sont respectivement S. squamosum A/C et B. Nos résultas montrent que les modalités de la transmission de l'onchocercose en zone de forêt camerounaise dépendent largement des caractéristiques bio-écologiques des souches de vecteurs impliquées. Ainsi, dans la vallée de la Sanaga, les densités des populations de S. squamosum B sont très élevées mais avec des taux de parturité très faibles. Par contre, dans la vallée du Mungo S. squamosum A/C présentent des densités élevées et les populations sont toujours plus âgées. La transmission de l'onchocercose est 3 fois plus importante (et entretenue tous les mois) dans la région de Kumba que dans le Canton Babimbi où elle se déroule 7 à 9 mois sur 12 selon le site.

Ces résultats suggèrent que les différents cytotypes de S. squamosum (A/C dans la vallée du Mungo et B dans la vallée de la Sanaga) auraient des caractéristiques bio-écologiques différentes. L'analyse des résultats de l'étude expérimentale de la transmission d' O. volvulus par S. squamosum B met en évidence une proportionnalité du passage de la membrane stomacale de S. squamosum B par les microfilaires. En effet, environ un tiers des microfilaires ingérées réussissent à passer dans l'hémocèle du vecteur quel que soit la charge microfilarienne dermique du patient ou le nombre de microfilaires ingérées par la simulie.

Demanou M., Enyong P., Pion S., Basanez M-G., Boussinesq M., - Experimental studies on the transmission of Onchocerca volvulus by its vector in the Sanaga valley (Cameroon): Simulium squamosum B. Intake of microfilariae and their migration to the haemocoel of the vector . Ann. Trop. Med. Parasitol ., 2003 ; 97 (4) : 381-402.

Transmission de la loase humaine en zone de forêt camerounaise

La mise en oeuvre, depuis plus d'une dizaine d'années, de traitements par ivermectine contre l'onchocercose dans les zones forestières d'Afrique Centrale a entraîné un regain d'intérêt envers la loase jadis négligée. En effet, la survenue éventuelle d'encéphalopathies post-thérapeutiques chez des patients fortement parasités par Loa loa nécessite la mise en place de mesures de surveillance particulières lorsque les distributions sont effectuées dans les régions où cette filariose est endémique.

Nous avons mené des enquêtes entomologiques dans les villages Ngat et Kokodo (situés à une cinquantaine de km au sud et au nord de Yaoundé respectivement) où la plupart des cas d'encéphalopathies ont été décrits afin de déterminer si les fortes charges microfilariennes de L. loa observées dans la population humaine, étaient associées à des densités vectorielles élevées. Les taux annuels de piqûres des deux principaux vecteurs ( C. silacea et C. dimidiata confondus) sont de 7368 et 1200 (725 à 2307 selon le site de capture) piqûres par homme et par an respectivement à Ngat et à Kokodo. Le potentiel annuel de transmission est environ 4 fois plus élevé dans le premier village que dans le second.

Ces résultats montrent que la mesure de la densité des Chrysops ne peut a priori pas constituer à elle seule un indicateur d'identification des zones à risque de survenue d'accidents post-thérapeutiques à Loa .

Chippaux JP, Bouchite B., Boussinesq M., Ranque S., Baldet T., Demanou M. Impact of repeated large scale ivermectin treatments on the transmission of Loa loa . Trans. R. Soc. Trop. Med. Hyg ., 1998; 92 (4): 454-8.

Chippaux JP, Bouchite B., Demanou M., Morlais I., Le Goff G. - Density and dipersal of the loaiasis vector Chrysops dimidiata in southern Cameroon. Med. Vet. Entomol ., 2000; 14 (3): 339-44.

Demanou M., Pion S., Boussinesq M. - Etude entomologique sur la transmission de la loase dans le département de la Lékié (Camereoun) . Bull. Soc. Pathol. Exot ., 2001; 94 (4): 347-52.

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